J’ai rencontré le Président de la République en Auvergne

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Grande première pour moi, j’ai fait partie de la presse accréditée pour le déplacement du Président de la République dans le Puy-de-Dôme. Emmanuel Macron s’est rendu sur nos terres le jeudi 25 et le vendredi 26 janvier pour adresser ses vœux à l’agriculture mais aussi rencontrer les acteurs économiques de la région. C’est avec des yeux encore innocents que j’ai décidé de raconter ce périple. N’étant  personne dans le milieu de la presse, il m’est plus facile de rendre compte de l’envers du décor.

 

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Tout d’abord, si je n’avais pas été accompagnée de ma responsable de projet tuteuré au Club de la presse Auvergne, autant vous dire que je n’aurais jamais mis les pieds à Saint-Genèt-Champanelle, et je n’aurais pas ramené mon accréditation comme un trophée.

Après des échanges par mail, l’envoi d’un document prouvant mon statut d’étudiante en journalisme ainsi que nos pièces d’identité nous recevons le planning complet des deux jours de visite du Président de la République en Auvergne par mail. Mail signé par la Présidence de la République avec le sceau officiel. Munie de ce précieux sésame je commence à saisir que tout ce qu’il va se passer par la suite est plus que sérieux.

Ça se passera entre nous et notre patience

Deux choix s’offrent à nous, se déclarer véhiculées ou non. Nous faisons le choix d’abandonner la voiture et de faire partie des journalistes qui prendront le bus pour se rendre sur les lieux. Etait-ce la meilleure idée ? Je ne le saurai jamais. Rendez-vous nous est donné à 10h30 devant la gare de Clermont-Ferrand.

Le programme officiel annonce différentes étapes auxquelles seuls des journalistes encore plus accrédités que nous peuvent assister. Ils font parti du pool. Visite sur le site Michelin de Ladoux, découverte du GAEC des Violettes, montée au sommet du Puy-de-Dôme font partis de leurs privilèges. Mais je me rends vite compte que finalement, pool ou pas pool, je peux toujours faire ce que je veux. Dans le bus nous nous retrouvons avec des journalistes du prisme parisien. Rien ne leur va : des directs étaient prévus à la ferme mais le bus se rend directement au gymnase. L’énervement est palpable, toutes les rédactions sont contactées pour essayer d’obtenir plus d’informations. « C’est inadmissible », je ne le savais pas encore mais ce sont les deux mots que j’entendrai le plus aujourd’hui. La campagne auvergnate qui s’offre à nous à peine sortie de Clermont-Ferrand apparaît comme la dernière des galères pour la presse parisienne. « On va directement à Saint-Machin, le bled paumé » souffle une journaliste à son rédacteur par téléphone.

La police est présente à chaque intersection. Le bus nous dépose à Saint-Genèt-Champanelle à quelques minutes du gymnase où est attendu Emmanuel Macron. Il est 11h40 quand la préfecture distribue les derniers badges. Nous y sommes. Et il ne sera là qu’à 15 heures. Ça se passera donc entre nous et notre patience durant les heures à venir.

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Toute la sécurité est déjà en place quand nous arrivons aux portes du gymnase. Après présentation de notre carte ornée d’un gros «PRESSE ACCREDITEE», le service de sécurité procède à la fouille de nos sacs. 500 chaises se tiennent devant l’estrade blanche, sobre, aux couleurs de la France et de l’Union européenne, similaire à toutes les estrades des autres déplacements. Alors que le service sécurité nous a indiqué un petit morceau de gradin, éloigné de l’estrade, nous décidons de passer les barrières et de nous installer dans la zone presse équipée. Honnêtement nous ne devrions pas être là, mais les absents ont toujours tort. Nous étions les premières, alors nous nous sommes installées comme si de rien n’était.

Leur dos dans l’objectif de mon appareil photo

« Le métier de journaliste, souvent, c’est attendre », je me souviens de ce que m’avait dit ma tutrice Sonia Reyne il y a quelques temps. Je n’ai jamais trouvé cette phrase plus vraie que ce jour-là. J’ai fait le tour de la salle, je suis sortie fumer, une fois, deux fois, j’ai mangé, j’ai interviewé le maire de la commune, j’ai checké mes réseaux sociaux, j’ai refait le tour de la salle. Il restait encore une heure à attendre.

A chaque fois qu’un journaliste passait, Sonia me faisait des signes, ou me présentait. Ainsi j’ai rencontré beaucoup de monde, même certains dont j’ai oublié le nom pour être honnête.

Vers 14h30 la salle s’est très vite remplie. En peu de temps les 500 chaises étaient occupées. Des élus, des représentants de l’État et des collectivités locales, des chefs d’entreprises agricoles, des agriculteurs, des élèves des lycées agricoles du coin, des élèves de l’école primaire de Saint-Genèt-Champanelle, beaucoup de monde en conclusion. Le bruit des discussions inondait le gymnase tandis que la sécurité s’agitait. Ils devaient recevoir les premiers signes de l’arrivée du Président de la République. Cela nous a été confirmé lorsque les agents de sécurité sont venus nous indiquer les zones que nous pouvions occuper ou non durant le discours. L’allée centrale, même pas en rêve, c’est pour la télévision, sur les côtés mais pas trop près non plus. Une fois de plus, j’ai décidé de me faufiler et pousser au maximum les limites imposées. 15 heures pile j’étais en place, droite comme un I, appareil photo dans la main gauche, smartphone dans la main droite, prête à affronter n’importe quelle situation, vraiment n’importe laquelle. Je n’avais juste pas pensé aux hommes de 30 centimètres de plus que moi qui se sont levés à l’arrivée de Emmanuel Macron, me stoppant net quand j’ai aperçu leur dos dans mon objectif d’appareil et pas le chef d’État sur l’estrade. Je suis très fière d’annoncer que sur ma première vidéo vous pouvez apercevoir le dos de Monsieur Olivier Bianchi, maire de Clermont-Ferrand.

Le discours fut long, très long, tellement que j’ai fini par rejoindre ma place initiale en écoutant d’une oreille. De temps en temps je prenais une photo et lançait mon enregistreur pour récupérer du son. Tout ce qu’il y avait à prendre, je prenais, « on ne sait jamais ça pourra servir » ai-je répété tout au long de la journée. Mais en fait la zone presse est loin de l’estrade, nous sommes placés derrière tout le monde, tellement loin que sans être armée d’un zoom capable de prendre en photo les cratères de la Lune je n’obtiendrai pas le cliché de l’année. Je me suis même amusée à lui coller les filtres snapchat sur la tête à travers les écrans installés pour la presse. Un coup un petit chat, un coup un petit lapin. La détresse se faisait sentir.

Le Président de la République fut applaudit à plusieurs reprises. Je n’ai entendu personne grogner ou souffler durant presque l’heure et quart de discours, ce qui m’a surpris quand on connaît un peu la situation des agriculteurs actuellement.

M’asseoir par terre et appeler ma mère

A l’intonation de la voix d’Emmanuel Macron, j’ai senti que la fin approchait, je me suis rapprochée le plus vite possible. Avec un peu de chance il descendra faire un « bain de foule » et on ne sait jamais, j’arriverai peut-être à obtenir des images. J’y suis allée sans grandes convictions mais sur un malentendu ça peut marcher.

J’avais vu juste, au lieu de repartir dans les coulisses, il est descendu de l’estrade et fut tout de suite alpagué par de nombreuses personnes présentes, créant tout d’un coup une foule presque impénétrable. J’étais prise dans le mouvement, hors de question de faire marche arrière. En réalité j’ai disparu pendant 50 minutes, ma tutrice aurait pu croire que j’avais déserté et qu’épuisée par la journée j’avais décidé de rentrer à Clermont-Ferrand à pied. J’étais à quelques mètres d’elle, mais on ne me voyait pas. Au fur et à mesure, à force de donner quelques petits coups de coude en toute discrétion, j’ai fini par me frayer un chemin. J’étais aux premières loges quand une fois de plus ma taille m’a fait défaut. Un monsieur largement plus grand que moi s’est immiscé entre le Président et moi, je ne voyais plus rien, je n’entendais plus rien, je n’avais plus qu’à m’asseoir par terre et ruminer. Ma tête a fait rire le garde du corps qui amusé m’a dit « Vous n’avez pas choisi le plus petit » avant de me laisser passer.  Me voilà de nouveau dans la course, en première ligne. Photos, vidéos, je n’ai pas arrêté. Une fois arrivée au plus près je me suis lancée et je l’ai interpellé « Monsieur le Président s’il vous plait ». Il m’a regardé, a souri et m’a tourné le dos. Le journaliste de l’émission Quotidien avait crié plus fort que moi il faut croire. J’ai une fois de plus hésité à m’asseoir parterre et appeler ma mère pour me plaindre, mais non, j’ai attendu la fin de l’intervention de l’équipe de TMC. J’ai bien fait. Ce fut enfin mon tour, le Président s’est tourné vers moi et m’a salué me demandant ce que je faisais là. Cela faisait 45 minutes que je manquais d’étouffer à chaque mouvement alors le naturel est vite revenu au galop et je me suis adressée à lui comme si nous nous connaissions depuis des années, sans oublier le vouvoiement tout de même. « Je suis apprentie journaliste en licence professionnelle à Vichy. Avec ma classe nous tenons un blog commun appelé Terrains d’actus sur la jeunesse, la démocratie et la proximité. Nous sommes aussi présents sur facebook, instagram et twitter. Nous travaillons sur divers sujets et notamment la politique. Pourrions-nous réaliser une vidéo dans laquelle vous promouvez notre blog Monsieur le Président ? » sans sourciller il a accepté. Deux minutes plus tard c’était dans la boite et j’envoyais tout cela à mes collègues de classe, qui quelques heures avant me narguaient, répétant que je n’y arriverais pas. Je pensais tout cela fini quand Emmanuel Macron m’a saisi le bras en ajoutant « Vous êtes apprentie journaliste ? Venez je vais vous présenter des journalistes nationaux. Alors ici vous avez LCI et ici l’équipe de Quotidien. Dites leurs que vous venez de la part du Président ». Aujourd’hui encore ça me fait rire, je pourrai les appeler demandant à parler à Yann Barthès sur ordre du Président de la République, mais je ne pense pas que l’on donnerait suite à mon appel. Et une dernière fois mon mètre 63 m’a fait défaut, j’ai de nouveau disparu dans la foule, mais cette fois-ci à côté du Ministre de l’Agriculture amusé de tous les applaudissements qui apparaissaient sur l’écran de mon téléphone. Plus personne ne me narguait, les étudiants me félicitaient à Vichy. Il me redemanda l’adresse de notre blog, me promettant d’aller jeter un coup d’œil.

Perdues dans ce « bled de campagne »

J’avais obtenu ce que je souhaitais et surtout je voulais pouvoir respirer. J’ai rejoint Sonia qui m’attendait sagement en zone presse, aussi fière que moi de ce que je venais d’accomplir. La deuxième partie du travail de journaliste commençait, montage de la vidéo, partage sur les réseaux sociaux, annonce sur le blog. C’était fini, il ne nous restait plus qu’à rentrer à Clermont. Un trajet calme durant lequel nous pourrions reprendre nos esprits. Enfin cela aurait été possible si deux journalistes de chez TF1 n’avaient pas voulu descendre  sur le bord de la route dans le froid et le noir pour retourner sur les lieux sous prétexte que le Président de la République venait d’annoncer son soutien à la Ministre Belloubet en cette période de grève des salariés des centres pénitentiaires. Après 20 minutes de négociations elles sont finalement remontées dans le bus, de toute manière perdues dans ce « bled de campagne » elles n’auraient pas pu aller bien loin à pied. Le conducteur les a donc déposée à leurs hôtels, rien que ça, avant de nous déposer en centre ville.

Ce fut une journée longue, pleine d’attente, de questions et de changements de programme, mais ce fut surtout une journée riche en émotions qui m’a permise de me rendre compte que si je parlais au Président de la République comme je parle à mon voisin, je peux être journaliste

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